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Du culte de la maigreur au culte de la rondeur: les mentalités ont-elles réellement évolué?


Toutes celles qui comme moi ont été rondes dans les années 90 vous le confirmeront: Dieu qu’il était difficile de s’habiller à cette époque! C’était simple: dans les rayons, pratiquement rien au delà des tailles 42, et le peu d’articles de grande taille qu’on pouvait y trouver ressemblaient plus à des tentes de camping ou des rideaux aux motifs proprement hideux qu’à des vêtements taillés pour être portés par des êtres humains. La femme ronde (grosse, obèse, etc) n’avait pas le droit non plus à l’expression d’un style propre au travers de son habillement: tout se ressemblait, informes uniformes dont la seule fonction semblait être de devoir cacher ces infâmes corps que nous ne voudrions voir.

Puis à l’aube des années 2000 se produit un changement notable: H&M et sa ligne “Big & Beautiful”, Bodyshop et sa voluptueuse Barbie, Oprah Winfrey et ses émules et leurs talk shows, on parle des mannequins qui se droguent pour ne pas manger et on voit des reportages sur les ados anorexiques. Tout ceci parce qu’on a subitement compris que le culte absolu de la minceur non seulement prive les industriels d’un grand nombre d’acheteuses potentielles, mais qu’en plus il est accusé de causer des tas de mal-êtres de femmes dans les monde. Alors on promeut la diversité des formes et des physiques, la féminité multiple. On nous ressort des vieilles théories sur les canons de beauté préhistoriques, petites statuettes de corps pleins de bourrelets à l’appui.

En apparence, les mentalités ont tellement changé au point qu’il est devenu aujourd’hui très courant d’entendre dans une conversation “Une vraie femme avec des rondeurs, c’est plus beau qu’un sac d’os/qu’une planche à pain!“. Sauf que sous ses airs banalement libérateurs pour la femme forte, le nouveau lieu commun est une jolie insulte à toutes les femmes, grosses ou minces. En effet, en quelques mots, cette phrase nous apprend:

  1. qu’il existe des vraies femmes et des fausses femmes.
  2. que la différence entre les vraies et les fausses se situe uniquement au niveau de l’aspect extérieur: seins, fesses, etc. La question mérite d’être posée: à partir de quel bonnet de soutien-gorge est-on une femme à part entière?
  3. que celles qui sont dépourvus d’attribut proéminents sont non seulement éradiqués de la gente féminine, mais également du genre humain dans son ensemble, réduites qu’elles sont à bien tristes objets: planche à pain, sac d’os, table de repassage, au choix.

La multiplication de ce genre d’affirmations, sur les rondeurs, sur le dit “diktat de la mode” ou sur les “magazines féminins” ne peut que nous consterner. La condition féminine a tant stagné entre les 20ème et 21ème siècles, qu’aujourd’hui comme hier et comme avant-hier, on ne veut voir d’une femme que son aspect physique, sa plastique, sa beauté, quels que soient d’ailleurs la façon dont est définie cette beauté. Ce regard superficiel sur la condition féminine prévaut certainement parce qu’il ne fait que reprendre une perspective masculine. Parce qu’il ne faut pas s’y tromper, lorsque l’on dit que “les hommes préfèrent les rondes” ou que “la femme est l’avenir de l’homme” , il ne s’agit que de valider la valeur des femmes par rapport à ce qu’elles peuvent apporter aux hommes, comme si toute la dignité qu’une femme pouvait recueillir de sa vie, c’était d’être un réceptacle fécond et bien agréable à regarder.

Du culte de la minceur ou du culte de la rondeur, décidément, l’évolution des mentalités n’a pas encore eu lieu. Au mieux avons nous eu droit à la remise au goût du jour des mêmes vieux clichés sexistes. Pour s’en défaire, il va falloir aux femmes adopter une posture ferme: ne laisser personne les diminuer dans leur féminité, quelles que soient leurs mensurations, quel que soit leur aspect extérieur.

Black and Arab men as described by western medias


The French media scene has long debated about the Eric Zemmour case. The writer/TV commentator was sentenced for inciting racial hatred towards black and arab-type men saying that majority of drug dealers where from those ethnicities. The medias and politicians mostly debated on if the sentence was an attempt to freedom of speech. Some commentators and journalists pointed out the fact that Zemmour’s point of view was deliberately distorting reality: it was a shortcut between ethnicity and crime, not taking into consideration the fact that black and arab men are, according to statistics and studies, the most discriminated population in France (up to 15-20 times more discrimination). Anyway, the only revelant fact about the case is, to my point of view, that once again the medias spoke (indirectly) of what exactly were the Arab and Black men (are they drug dealers really?), without asking them what they were thinking about all this.

Sadly, this has been a general rule in the western medias: Black and Arab men are described by others, they are not given the chance to describe themselves. The subliminal representation spanned by these numerous description by others generally  reinforces strongly the clichés the West (Europe) has built since the early years of exploration and colonization of Africa, as explained long ago by Frantz Fanon in his famous “Black Skin, White Masks“. A simple statistic survery would easily show to anyone that Black and Arab men in western medias are described as follows:

  1. Oversexuality, animality: the cliché of a beasty sexuality for Africans is certainly the oldest and the most common cliché about Africans. It tends to “oversexualize” the Arab and Black man and give them a unique function and concern for sex as a result of a denial of their humanity. Reducing Black and Arab men to sex is to reduce them to the animal part of the human being and objectify them. The esclavagist and colonialist paradigm of the animalic African is still very obvious when looking at the posters and TV spots, movies or music videos. Racial sex is among the best ranked sexual fantasies in western societies where sex is a consumer good.
  2. Predominance of the body on the mind: it is a generalization of the cliché of the oversexuality of Arab and Black men. It tends to reinforce their objectification by over representing their bodies over their minds. Practically saying, perfectly built and helthy black and brown bodies are tools for advertising, while “visible minorities” mediatic personalities are mostly athlets/artists. Intellectuals, writers, thinkers who would be dark skinned is still largely unadmissible on the public and mediatic scene. Dark skinned politicians are still very taboo in Europe compared to US, for example. Although self-proclamed as gender-equality friendly, the european societies are still strongly associating power with masculinity: a Black and Arab man is a threat to the “White man realm”, explaining this under-representation in medias of dark skinned intellectuals and the over-representation of the black and brown bodies. Studies show that in movies and TV shows, not only African-type men are under-represented, but also that when represented they play caracters with lower economical power and lower social status (barmen, etc) than White men.
  3. Violence: As said above, the clichés on Arab and Black men hide the fear of the “White man” to lose power. In consequence, any attempt to challenge the establishment is seen as an aggressive threat. The cliché of violence is carried mainly by the news broadcasted in a selective and incomplete way mixing suburban violence, African and Arab dictators, terrorists and warlords, drug dealers and gangs, hip hop artists. Western media create an inaccurate image of aggressive African men, to the point that its couterpart became also very common: Black and Arab women and children as victims of violence. Even charity organizations make theirs this representation by displaying only women and children in their visual content.

So, what now? What can be done against this? Resist to the cliché. It is the only way out. Unfortunately too many of us, Africans in Europe have accepted consciously or unconsciously the concepts carried by this representation. This is mostly what we have to stop: stop seeing ourselves the way external eyes want to see us. Stop letting others debate without us on what we are, if we are drug dealers or not, if we carry with us a cultural violence or not. We have to not accept to be just bodies for advertising. Our mediatic representation should be more accurate of what we are. Of course, the medias who created this image do not want to hear about our protests against it. So we have to make it obvious by our own means, using social networks, associations, publications. Use every mean to rise awareness.

Change of mentalities is always a tough fight, but it is worth it, for it is the only real guarantee we have against racism.

Les 8 phrases préférées des mamans arabes à leur filles


Je n’aime pas trop faire dans les clichés, mais c’est exactement de quoi il s’agit ici: d’un cliché; peut-être parce que j’eus comme mère – que Dieu soit loué de cette immense bénédiction qu’Il m’ait accordée – une maman arabe si parfaitement, totalement, dans le cliché que je tends à croire que finalement, ce cliché-là, je ne vais pas lui faire la guerre. Parce que je t’aime, Maman.


Nous, Arabes, avons un attachement notoire pour nos familles et en particulier nos mères. Courageuses, aimantes, chaleureuses, complètement subjectives en toute matière, excessives tant dans la joie que dans la peine, les couleurs vives de nos mères, nous les portons dans nos comportements, dans nos rires, dans nos colères et dans nos pleurs. Et si, nous, “Africaines d’Europe” (plus particulièrement Maghrébines d’Europe), ne seront certainement pas une de ces “mères arabes” (notre équivalent de la mère juive) ou en tout cas pas une mère arabe aussi aboutie dans ce qu’elle a de si “caractéristique”, c’est parce qu’elles marquent une vraie époque, celle de la génération de nos mères, qui naquirent, vécurent, grandirent et émigrèrent dans des conditions particulières qui expliquent les alliances flamboyantes des traits de caractère affutés par leur vécu (tout début du post-colonialisme de nos pays d’origine, accès à l’éducation des jeunes filles, passage d’un continent à l’autre, d’un siècle à l’autre, etc, etc). Parfois, je me rappelle de scènes avec ma mère, et je me dis que j’aurais aimé pouvoir avoir un enregistrement de quelque dispute aux arguments ubuesques, de quelque longue “leçon sur les choses de la vie” qu’elle nous tint en pleine préparation d’un poulet rôti, de quelque amusement dérisoire… et puissé-je devenir un jour une mère ne serait-ce qu’à moitié aussi douée que ma mère.

1- Le Paradis est sous les pieds des mères, Al Jana ta’ht aqdam al Omahat! ou comment détourner le sens d’une parole du Prophète Mohammad (Paix et Bénédiction sur Lui) pour toujours arriver à ses fins avec sa progéniture

Votre Maman vous l’adorez, et en plus elle vous a bien élevé dans le respect; du coup, vous êtes du genre plutôt obéissante et sans trop de vagues. Sauf que parfois, vous, oui même vous, il vous arrive de ne pas être d’accord avec ce qu’elle attend de vous (l’accompagner à quelque visite ennuyeuse pour faire tapisserie, l’accompagner pour la trentième fois de l’année à Conforama sans y avoir effectué le moindre achat ou cesser d’utiliser le fard à paupières qu’elle n’aime pas et qui vous a pourtant coûté ch7am l’ihoud). Elle prend alors son air le plus docte pour vous asséner sa botte secrète: le Fameux Hadith du Paradis sous les Pieds des Mères (FHPPM). Il est intéressant de noter à quel point le sens du Hadith a été modifié à la cause maternelle: si d’origine le Prophète (Paix et Bénédiction sur Lui) l’utilisa dans le contexte particulier d’un homme qui souhaitait partir au loin mener la Guerre Sainte et auquel il rappela que ses devoirs envers ses proches (sa mère) qui avaient besoin de lui primaient, la conspiration des mères maghrébines aime à faire croire qu’il préconisait de ne jamais contredire une mère, sous peine de se retrouver privé(e) de Paradis, et ce de manière définitive, par le simple fait de son mécontentement. D’après une statistique personnelle, 99% des Arabes que je connais ignorent le véritable contexte et sens du Hadith pour lui substituer l’inexact FHPPM, si bien inoculé depuis nos jeunes années! Je pense sérieusement que le jour où le mythe du  FHPPM tombera et où la vraie version sera remise à la place exacte, ce sera l’équivalent des Révolutions Tunisienne, Russe et Française toutes mises ensemble! Petit truc perso: afin de neutraliser au mieux le FHPPM, allez à la pêche aux infos auprès de vos oncles et tantes pour tout apprendre des jeunes années de votre mère, il est fort probable que vous découvriez plus d’une anecdote où elle fut prise elle-même en flag’ de violation de FHPPM (PS: à user avec modération et pour servir des buts proportionnels: on ne grille pas sa meilleure cartouche, par exemple l’entêtement de votre mère à s’être mariée à votre père contre l’avis de sa mère, juste pour l’emporter un désaccord mineur, par exemple sur la robe que vous voulez porter au mariage de votre cousine).

2- A ton âge, nous étions si pauvres que … ou comment culpabiliser son enfant s’il ose émettre quelque chose qui ressemble de près ou de loin à du mécontentement ou de l’ennui (fonctionne tout aussi bien si ce n’est encore mieux avec les papas arabes)

Une des règles d’or des familles arabes, c’est que si les parents ont le droit à leurs jours de mauvaise humeur, aux moments d’ennui ou aux aliments qui ne leurs plaisent pas, il n’en n’est pas de même pour leurs fils  et filles. Tout sentiment un tant soit peu “négatif”, même s’il fait partie du cycle naturel des humeurs de l’humain, est interprété par les parents comme étant une expression éclatante d’insatisfaction de la vie qu’ils nous offrent. Vous n’aimez pas la viande avec les bouts de gras dessus? A ton âge nous étions si pauvres que la viande on n’en avait jamais de toute façon, d’un Aïd à l’autre! Vous vous plaignez devant votre garde-robe de n’avoir plus rien à vous mettre? A ton âge nous étions si pauvres que nous n’avions qu’un seul pull pour faire tout l’hiver! Vous soupirez qu’il n’y a rien à la télé? A ton âge nous étions si pauvres que nous n’avions pas l’électricité et nous faisions nos devoirs à la lumière d’une bougie et nous dormions tous serrés les uns comme les autres pour ne pas avoir froid! Vous dites en avoir marre des transports en commun surpeuplés le matin? A ton âge nous étions si pauvres que nous n’avions pas les moyens d’un abonnement de bus, on y allait à pied!

3- Celui qui est né une nuit avant toi, te précède de loin dans la vie, Eli akbar menek b’lilla, yzid 3lik b’7ila ou comment faire passer son point de vue pour vérité absolue et universelle

Avez-vous déjà tenté de comprendre certains des raisonnements monstrueusement alambiqués mais terriblement sans faille de votre mère? Lui avez-vous déjà demandé comment elle avait fait pour vous capter dans vos cachoteries et manigances en un clin d’oeil? Bien sûr, parce que sa folle intuition c’est un mélange redoutable de 6ème sens féminin, de bienveillance maternelle et de sens pragmatique maghrébin à toute épreuve. Ajoutez à cela que votre mère n’a pas été formée par n’importe quelle académie:  la famille arabe élargie (oncles, tantes, cousins, belle-famille, etc, etc) est le meilleur apprentissage par la pratique qu’un humain puisse faire de la géostratégie politique et militaire; Sun Tsu peut aller se cacher avec son “Art de la Guerre”, après ça! Là où ça se gâte c’est quand elle pèche par excès de zèle: “Méfie-toi de celle-ci, derrière sa gentillesse je sens un truc pas net!”,”Il existe aucun homme sur Terre à qui tu peux donner ta confiance! Aucun!… A part ton père bien évidemment, mais ce n’est pas la même chose!”, “Dis non à tout, absolument tout, et s’il t’aime il viendra directement demander ta main!”. Tenter de la mettre au fait que le monde et ses us et coutumes ont changé ne sert à rien, puisque 1) ce n’est pas vrai, la nature humaine n’est pas une condition transitoire mais une constante de l’histoire 2) Si vous la contredisez cela ne fait que renforcer d’autant plus sa conviction d’avoir raison face à votre immaturité flagrante ………… et force est de constater qu’à chaque fois qu’elle m’a sorti sa phrase magique sur l’expérience de la vie, bah elle ne s’était jamais trompé… hasard des statistiques ou véritable omniscience maternelle?

4- Va te mettre à l’ombre, Emchi fel’dhol!, ou comment maintenir l’illusion que c’est en marchant à l’ombre des murets qu’on va se faire le teint de porcelaine qu’on a jamais eu

Dans le monde d’aujourd’hui, des gens du monde entier dépensent des milliers d’euros pour avoir la chance de pouvoir lézarder sur une plage des Maldives, de Hammamet ou de Charm el Sheikh, pour se rendre en solarium ou se tartiner de crèmes dans le but d’obtenir un teint hâlé qui leur donne si bonne mine. Vous, jeunes filles arabe, sans faire tout un cas de votre carnation naturelle, avouez quand même que votre teint c’est un de vos points forts. Bien que vous êtes un peu embêtée de ressembler à la fin de l’été à vous seule à l’ensemble des personnages réunis d’une affiche de “United Colors of Benetton” à cause des 40 zones de couleur différentes de votre corps (marques de bronzage des hauts à manches longues ou courtes, de la montre, des bretelles, des tongs, des lunettes de soleil), vous ne dramatisez donc pas d’un peu d’exposition au soleil, surtout après avoir passé un effroyable hiver long de 9mois pendant lesquels vous n’avez vu que grisaille… voilà qui n’est pas exactement au goût de votre mère, pour qui il faut vous maintenir le plus “blanche” possible, selon certains critères esthétiques en vigueur dans nos pays arabes d’origine (suffit de voir la couche de plâtre blanc qu’on étale sur le visage des mariées… ça leur donne un petit air Mime Marceau en keswa ou caftan), en vous poussant sous l’ombre d’un arbre dès que l’occasion s’en présente. Pondérons quand même notre propos: avec le temps, la quête de la blancheur a perdu de son attrait, grâce à la génération “Fair and Lovely” des crèmes blanchissantes et au passage cancérigènes qui ont dépopularisé le genre.

5- Ils vous apprennent quoi dans vos écoles?, Chi ‘aalmoukom fi mketebkom?ou la façon très personnelle de la maman maghrébine de participer au débat sur l’Education Nationale en crise

La plus grande espérance que nos mères ont fondées en nous est de vivre heureuses. Si, si. Et donc successful tant sur le plan personnel (=mariage) que professionnel, d’où un souci très marqué de nous voir réussir nos études. Je me rappelle de ma mère, effarée devant un 7/10 en maths, me demandant si j’avais besoin d’un répétiteur; j’ai dit non; elle en a quand même trouvé un; bref, fin de la petite parenthèse. Le jour où vous êtes entrées à la maternelle, votre mère a passé un marché avec l’Education Nationale: “Toi, l’école, tu t’occupes du versan scientifique-culturel-technique de son éducation, et laisse-moi m’occuper du reste (= comment devenir une parfaite housewife)”. L’école, puis le collège, puis le lycée, puis l’Université, c’est donc la promesse du bonheur à la portée de l’humanité, la garantie de vivre une vie à l’abri des vicissitudes du destin (ahhh! si seulement). Toute question qu’on peut se poser sur Le Monde (pas le journal), on doit appris à trouver sa réponse sur les bancs de l’Education Nationale. Ceci incluant de pouvoir au besoin réparer la télé qui marche pas, le four qui déconne, convertir de tête 3504 francs suisses en dinars tunisiens ou 10’804.50 Yen en anciennes lires italiennes, connaître par coeur le numéro de téléphone de tous les membres de la famille, savoir à quelle fréquence il faut arroser les orchidées, lui expliquer ce qui se passe en Palestine là maintenant à la seconde même. De quoi décontenancer une mère, le jour où elle réalise que non, l’Instruction Publique n’offre pas de cursus généralisé de plombier-électricien-médecin-kiné-mécanicien-broker-électronicien-cardiologue-politologue-traducteur.

6- Regarde ce que j’ai trouvé pour ton trousseau ou comment remplir aux trois quarts les placards d’articles de bain, de literie et d’ustensiles de cuisine auxquels on a pas le droit de toucher.

La première fois, vous vous en rappelez comme si c’était hier: vous aviez 15 ans à peine, un appareil dentaire, des lunettes et de l’acné; vous n’osiez même pas vous adresser aux garçons de la classe pour demander une feuille de papier ou une gomme, alors le mariage, il était peu probable que ce soit dans vos projets pour la décennie en cours. Votre Maman rentre tout juste d’une séance de shopping, les bras chargés de sacs. Elle commence alors à vous faire l’inventaire de ses trouvailles, de ses bonnes affaires, des bons plans qu’elle a découvert. Et là, entre le lot de 3 culottes fleuries 100% coton à 4 euros et les nouveaux torchons à carreaux pour la cuisine, elle brandit fièrement une parure de lit en satin, un set de linges de bain multicolores ou un service de six tasses à café avec sucrière et petit pot pour la crème assortis, un sourire radieux sur le visage. Elle vous annonce alors que c’est vrai qu’elle ne s’est mise que tardivement à constituer votre trousseau (!), mais que désormais elle se rattrapera. Et depuis, elle s’est bien rattrapée, certes: vous commencez même sérieusement à manquer d’espace de stockage. A votre vie maritale, finalement, pour l’instant il ne manque que l’accessoire principal, le mari; ma3lich si par malheur le Prince Charmant ne frappe pas à votre porte, vous pourrez toujours recycler votre trousseau dans une juteuse affaire: ouvrez un hôtel ou une maison d’hôte, vous avez largement de quoi accueillir en grande pompe.

7- Quand tu rateras le train, tes regrets ne te serviront pas, Lama yfoutek l’qitar, ma ifidekch en’ndam! ou comment faire dans la prophétie de gare à l’intention de celles qui traînent la patte pur trouver chaussure à son pied

Le grand classique: votre maman, ça a toujours été votre fan numéro 1 (ça tombe bien c’est réciproque :) ), elle vous trouve belle, gentille, polie, intelligente, et le mieux dans tout ça c’est que c’est grâce à elle (et c’est pas faux!). Elle a toujours tenu à ce que vous fassiez les meilleurs études et pas seulement parce qu’elle disait déjà à ses copines avant même que vous n’obteniez votre bac que sa fille était docteur (benti doctora). Sauf qu’à vous être noyée dans les livres qu’à votre Bac+XX (et qu’aucun des livres en questions ne traitait de la vraie question du siècle: comment éviter de craquer systématiquement sur les représentants les moins recommandables de la gent masculine?) vous avez atteint votre 25ème anniversaire – ô malheur – sans être même fiancée… Les lamentations, ce n’est pas productif,  alors Maman prend les devants et sort son Arme Fatale: son répertoire téléphonique, plus fourni que celui du président des USA himself, contenant les coordonnées de tous les membres d’un véritable réseau nébuleux d’agents infiltrés à faire pâlir de jalousie le Mossad, celui des mères arabes de la ville. Ni une ni deux, des rendez-vous sont arrangés, des visites à l’heure du thé se multiplient, et devant la déferlante de fils à maman au CV impeccable qui s’abat sur vous, vos refus successifs finissent tant par frustrer votre mère, qui, pour vous refiler un peu des angoisses qui l’empêchent de fermer l’oeil la nuit (je n’aurai jamais de petits-enfants!!!), n’hésite pas à donner dans la métaphore du train pour vous expliquer que refuser et repousser tout le monde c’est pas très raisonnable à votre âge avancé si proche de la date de péremption!

8- Quelqu’un nous a mis le mauvais oeil, Lazem wa7ed 7att’lna l’3in! ou comment imputer aux autres nos échecs

Elle a mis tant d’énergie, tant de passion, tant d’amour, tant d’espoirs en vous. Vous avez mis tant de vous-mêmes pour ne pas décevoir tous ces attentes. La vie ressemblant rarement à une comédie égyptienne des années 50 ou à une production bollywoodienne festive, il arrive parfois que vous rencontrez quelques échecs. L’immense majorité du temps, ces situations pourraient être expliquées par des mauvaises décisions sentimentales, un manque de préparation avant un examen, un pépin de santé, une déprime passagère, une marche d’escalier loupée ou une conjoncture peu favorable à l’embauche. Eh bien non, pour nos mères, c’est le mauvais oeil: c’est vrai, tant de qualités dans une seule et même personne (sa fille!), ne peut s’expliquer que par la jalousie des autres devant la perfection de cet être qu’elle a mis au monde! Souriez, au fond c’est un immense concentré de compliments! Alors la prochaine fois qu’elle vous parle de mauvais oeil dites-lui: “Je comprends qu’on puisse jalouser une personne qui a la chance d’avoir une mère aussi extraordinaire.”. Un joli sourire sur le visage d’une maman, ca n’a pas d’équivalent, et ça conjure tous les mauvais sorts de la vie.

L’Arabe, le nouvel Homo Politicus


Est-il être plus politisé que l’”Arabe”? L’Arabe-de-l’Islam-politique, l’Arabe-du-conflit-israelo-palestinien, l’Arabe-du-pétrole, l’Arabe-des-politiques-de-migration-et-d’intégration, l’Arabe-des-dictatures-arabes, l’Arabe-musulman-même-quand-il-n’est-pas-musulman, l’Arabe-qui-regarde-al-Jazeera et maintenant … l’Arabe-qui-fait-des-révolutions? Non, il n’existe pas être plus politisé que l’Arabe.

L’Arabe est dictateur,  terroriste (version Frère Musulman, Hezbollah Hamas ou Al-Qaeda, au choix), militaire ou policier au fait des dernières nouveautés en matière de torture des opposants politiques, migrant sur une frêle barque sur une Méditerranée, foule silencieuse ou masse en liesse, imam qui appelle au djihad dans les caves des banlieues, femme voilée ou homme barbu, parfois intello estampillé-Sciences-Po-Paris-aux-joues-glabres-citant-les-Lumières, parfois ouvrier analphabète impossible à intégrer, et depuis un mois à peine il blogue et tweet sa démocratie. Il n’y a guère que quand l’Arabe mange un couscous qu’il sort du politique. Le reste est Terra Incognita pour l’Arabe. Il ne danse pas le tango, ne se passionne pas pour les échecs, ne lit jamais pour le plaisir de lire, ne se vautre jamais devant un match de foot, ne bougonne pas des insultes dans sa barbe quand il klaxonne les mauvais conducteurs, il ne fait jamais semblant de comprendre l’art abstrait tout en se demandant pourquoi une toile si moche vaut autant d’argent, et il ne rêve pas.

Jusqu’à il n’y a pas si longtemps que ça, un peu après le choc des civilisations mais un peu avant la Révolution de Jasmin, l’Arabe avait un comportement prévisible, déterministe. Il était l’oppressé parfait des dictatures oppressantes et il était confortable de savoir qu’il n’avait qu’une seule alternative: se taire ou foncer droit dans la foule, une ceinture d’explosifs au tour de la taille. Très, très, très rarement, on pouvait échapper à ce destin d’Arabe si on s’extrayait totalement de ce carcan arabo-musulman et qu’on passait le reste de sa vie à le dénoncer, à expliquer pourquoi le désespoir de vivre libre est une condition indépassable de l’Arabe tant qu’il ne rejette pas l’Arabe qui est en lui, tel le rescapé d’un naufrage qui raconte avec les yeux encore habités de peur à quoi ressemble un grand requin blanc de près. L’Arabe était le parfait Homo Politicus: rouage parfaitement indissociable de la machine détraquée qui à la fois le produisait et l’employait, qui ne le formait que pour l’endommager inexorablement.

Aujourd’hui, à l’heure où l’Arabe a fait des révolutions, on se dit que visiblement quelque chose clochait dans le modèle. L’Arabe, enfin, surtout le jeune Arabe, est en fait un être qui facebook et tweet pour activer un réseau de protestation politique et renverser des dictatures. Il est activiste dans l’âme, un e-activiste branché nouvelles technologies et il démontre que la démocratie, même quand on fait tout pour l’empêcher d’infiltrer l’esprit des masses, émerge d’elle-même. Mais il reste totalement un être politique, car même quand le jeune arabe facebook sa life et son statut amoureux (it’s complicated) ou partage des photos de ses soirées surtout celles où ses amis ont l’air imbécile, il le fait avec un je-ne-sais-quoi de politique. L’image de l’Arabe a subi bien des bouleversements depuis le 14 janvier; qu’à cela ne tienne, il suffit de modifier la définition de l’Arabe dans le dictionnaire des clichés. La constante dans tout ça, c’est que l’Arabe reste envers et contre tout un Homo Politicus, version améliorée: Homo Politicus Arabica 2.0

Devrions-nous nous sentir fiers d’être enfin jugés à notre juste valeur, d’être passé du statut du petit rien écrasé par la répression au fiers citoyens qui portent leur démocratie comme une couronne de roses enfin écloses? Non, non, non. Au grand dam des amoureux du rangement systématique, ni l’Arabe, ni aucun autre n’a jamais été un Homo Politicus. Vue de l’esprit dont tout le monde se dit innocent mais dont on retrouve des bribes dans trop de discours.

En ce qui me concerne, je n’ai jamais été un Homo Politicus et ce n’est pas en me donnant une perspective plus flatteuse de ma classification que je vais commencer par m’en sentir honorée. Il en va de mon libre arbitre de ne pas me sentir déterminée uniquement par les règles du système, sans pour autant tomber dans l’illusion trompeuse et ingrate de m’être faite moi-même. Pour vivre, je n’ai pas comme seule alternative la marche forcée ou le besoin irrépressible de me démarquer du groupe pour me sentir exister. Si j’existe en moi-même, j’existe également par tout ce dont je ne suis qu’une sous-partie.

Mon destin n’est qu’une collaboration étroite entre ma condition de départ, des décisions personnelles et des décisions collectives. Je ne suis pas cet être en totalité politique et imbriqué dans sa propre problématique identitaire. Ma liberté c’est de me savoir un être aux multiples facettes, incluant mes dimensions politique et identitaire, que je tiens à faire savoir et valoir, mais dont la condition est à la fois beaucoup plus et beaucoup moins que d’être arabe. Et ça, c’est la négation définitive de l’Homo Politicus.



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