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De la vandalisation du drapeau tunisien


Comme tous mes compatriotes j’ai été choquée par l’acte de vandalisation du drapeau tunisien à Manouba (notez: j’utiliser le mot vandalisation et non désacralisation comme bcp de Tunisiens, car désacraliser c’est pour le religieux (Coran, nom de Dieu, tombes, symboles des autres religions) et pas pour le profane). Mais par contre, bien que choquée par cet acte, je ne le condamne pas aussi fermement que mes compatriotes; à en entendre certains c’est plus grave que de tuer qqn, or il ne faut pas perdre le sens des proportions. Disons que je me sens surtout triste pour ces gens qui ne se reconnaissent pas assez dans leur patrie en Tunisie et pour qui, par ailleurs, je ne partage aucune sympathie idéologique et encore moins après les agressions de personnes physiques qu’ils ont commises et pour lesquelles j’espère qu’ils vont être condamnés.

Le drapeau tunisien est certes un symbole national puissant, fort, fédérateur. Mais aussi chargé d’histoire, une histoire qui n’a pas toujours été clémente avec nous. Le drapeau tunisien, en son centre il a un croissant de Lune et une étoile, symboles nous venant des Ottomans. En quelque sorte c’est le symbole de la domination qu’on a eu sur nos ancêtres. Il y a des jours, j’ai envie d’enlever ce drapeau, non pas par manque de patriotisme – au contraire! que j’aime mon pays et je serai prête à mourir pour lui – et de mettre à la place un drapeau amazigh (ou alors de mettre les deux drapeaux côte-à-côte). Pas forcément le drapeau amazigh officiel que l’on connaît, mais dans notre longue Histoire, nous les Numidiens, les Ifriqyiens, nous en avons eu des tas d’étandards choisis par nous-mêmes et pour nous-mêmes – en l’absence de ces étandards, bien sûr le drapeau amazigh fait l’affaire, car il est beau, simple, il met l’humain au centre. Donc comme je disais de mettre un drapeau amazigh à la place. Et je ne ferais pas ca pour me cliver du reste de mes compatriotes tunisiens, mais parce que sans qu’ils en aient conscience, ce drapeau les représente bien mieux qu’un symbole ottoman, pour leur dire qu’ils n’ont pas eu à attendre la colonisation d’un autre peuple pour être eux-même une patrie, une civilisation.

Mais je ne le ferais pas, car j’ai conscience que les autres l’interpréteraient comme un signe de haine, alors qu’au contraire ce serait par amour de mon peuple et de ma patrie que je le ferais. Solution moins radicale, parfois je rêve de faire juste un peu de cosmétique à mon drapeau, en extraire l’élément colonial ottoman et mettre à la place le symbole amazigh. Une sorte de drapeau néo-tunisien, néo-numidien ou néo-ifriqyien. Mais là encore, je sais que je serais mal interprétée…  Dieu sait que je ne suis ni séparatiste, ni anti-patriotique, ni “ethniciste”: j’ai juste cette embêtante manie de beaucoup, beaucoup tenir à la mémoire de mes ancêtres.

Une place Bouazizi à Paris mais toujours pas de solution pour les migrants tunisiens du Botzaris 36


Une place Mohamed Bouazizi sera inaugurée le 30juin dans le 14ème arrondissement de Paris. Avec ce petit bout de Paris qui portera le nom du jeune vendeur ambulant dont l’immolation a été le point de départ de la révolution tunisienne, la France veut donc rendre hommage à un peuple qui se dressa comme un seul homme pour demander sa liberté. On s’attend à ce que lors de la cérémonie Bertrand Delanoë nous fasse part avec éloquence de tout son amour pour la Tunisie et les Tunisiens, de son admiration pour cette révolution pacifique, et même qu’il nous glisse sur le ton de la confidence une phrase ou deux d’un de ses nombreux potes tunisiens opposants politiques au régime Ben Ali exilés jusqu’à la chute du tyran (toute ressemblance avec Marzouki n’est que fortuite!).

Au même moment, dans le 19ème arrondissement, continuera de sonner un autre son de cloche, alors qu’on ne cherche ni trouve aucune solution pour les migrants tunisiens du 36, rue Botzaris. Ces Tunisiens arrivés en Europe via Lampedusa avaient squatté ce bâtiment qu’occupait la branche française du parti RCD de Ben Ali, avant que les forces de l’ordre françaises sollicitées par l’ambassade de Tunisie et le gouvernement tunisien ne les en déloge, et ce plusieurs fois.

Pour les représentants des gouvernements tunisien et français, c’est que le sort des quelques dizaines de migrants tunisiens du 36, rue Botzaris est infiniment moins important que celui de ceux dont les noms apparaissent dans les archives du RCD. La coopération des gouvernements français successifs avec le régime autoritaire de Ben Ali est de notoriété publique, bien sûr, mais des documents attestant de l’étroitesse de ces liens et des personnalités mises en cause sont des inconvénients que certains, qu’ils soient du gouvernement tunisien actuel ou du gouvernement français, aimeraient bien pouvoir s’épargner. Au final, les Tunisiens du 36, rue Botzaris n’ont pu compter que sur la mobilisation d’internautes français et tunisiens et de quelques associations, qui cherchent une solution, peu aidés en cela par la lâcheté et l’autisme des officiels français et tunisiens.Les politiciens ont beau nous avoir fait des beaux discours sur le rôle des médias sociaux dans les révolutions arabes, ils nous offrent actuellement en live une belle démonstration de leur mépris pour cette affaire qui n’a pu sortir de l’ombre que par la volonté de la scène virtuelle française et tunisienne (grâce au hashtag #botzaris36).

Dans les mots, dans les discours, la France, comme quand elle inaugure une place Bouazizi à Paris, aime se proclamer du côté du peuple tunisien et de ses revendications légitimes. Dans les faits, la France continue à n’apporter de soutien qu’au gouvernement tunisien, quand bien même celui-ci agit contre ses propre citoyens.

Mohamed Bouazizi est mort et le “Printemps Arabe” est certainement le plus bel hommage que les peuples auraient pu lui rendre; il est mort et il n’a certainement pas besoin que Monsieur Delanoë nous verse une petite larme pendant l’inauguration d’une place portant son nom; les Tunisiens du 36, rue Botzaris sont eux bel et bien là et attendent toujours qu’on décide de leur sort.



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